Se faire arracher une dent sans anesthésie chimique ?!

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Dans l’article ci-dessous je vous raconte comment m’est venue l’idée de me faire arracher une dent sans anesthésie chimique et comment j’y suis arrivé, enfin presque… Bien entendu, cette expérience est un peu hors du commun et je la partage avec vous, uniquement pour vous montrer que l’hypnose ça marche et c’est puissant. Il ne s’agit aucunement d’un exemple à suivre. Personnellement, cette « aventure » m’a permis de me débarrasser de ma peur du dentiste. Mais il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à se faire arracher une dent sans anesthésie pour cela. J’ai accompagné des personnes phobiques du dentiste et après une ou deux séances, elles vont maintenant chez leur praticien en sifflotant, mais celui-ci utilise ces méthode habituelles. La difficulté de mon expérience, est que je devais gérer moi-même mon anesthésie en auto-hypnose (mon dentiste n’étant pas formé à l’hypnose). En revanche, si votre dentiste a reçu une formation en hypnose, c’est formidable car il y en a de plus en plus, vous pouvez y aller encore plus sereinement.

Témoignage d’une extraction dentaire sous auto-hypnose ou, comment faire confiance à son inconscient.

En préambule

Sans aller jusqu’à dire que j’étais un phobique du dentiste, je me dois de poser en préambule que pendant de nombreuses années j’étais assez angoissé à l’idée de me retrouver sous le champ opératoire d’un chirurgien-dentiste. Pendant mon enfance, j’avais eu maille à partir avec ces professionnels de la santé buccale et j’en gardais de très mauvais souvenirs, notamment, deux dévitalisations sans anesthésie dont la simple évocation pouvait me donner des sueurs dans le dos. C’était il y a 35 ans déjà. Heureusement depuis, d’immenses progrès ont été fait en matière d’anesthésie et de prise en charge de la douleur.

Ce préambule posé, je vais vous raconter, comment je me suis fait arracher une dent sous auto-hypnose, âmes sensibles… prenez une bonne inspiration et expirez lentement, tout va très bien se passer.

Un premier recadrage

J’avais terminé ma formation en hypnose ericksonienne à l’Académide de recherche et de connaissance en hypnose ericksonienne (ARCHE) depuis quelques mois, lorsque je me rendit chez mon dentiste pour une visite de routine. Là, on me fait une radio panoramique de la machoire et je rentre dans le cabinet de mon praticien. Il regarde la radio, fait un « ahh !!? » interloqué et une mimique d’étonnement et me dit : « vous n’avez pas mal ? »

– non, pourquoi ?!

– eh bien, vous avez une carie énorme sur votre dent de sagesse, là (il me montre sur la radio), cette autre dent doit être remplacée par un pivot et il y a une infection sous cette dent qui a été courronnée, il faudra l’enlever et mettre un implant ou un bridge. Mais je ne comprends pas, car là, avec cette carie vous devriez avoir une rage de dent incroyable ! A tout moment vous pouvez vous retrouver avec une « chique » et des douleurs insupportables.

– ah bon ?! (intérieurement je me liquéfie et commence à ressentir comme une légère angoisse).

– bon, nous allons procéder par ordre : il faut tout d’abord enlever la dent de sagesse, puis s’occuper du pivot et enfin arracher la dent courronnée sous laquelle il y a cet abcès.

C’est à ce moment précis, qu’Erick sonne à la porte de mon esprit !

Un recadrage[1] se fait en moi et en l’ espace d’une demi-seconde, je passe d’un sentiment de peur hébétée, à une montée de joie fébrile et intense ! En effet, je me rappelle de ce que j’avais lu sur Erickson lorsqu’il s’était retrouvé bloqué à l’intérieur de son corps à sa première crise de polio. Il avait 17 ans. Il s’était dit : « qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire pour m’amuser maintenant ? ». Quelle tournure d’esprit ! Quelle façon étonnante de voir les choses ! Comme le dit si bien Epictète « Ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui nous troublent, mais l’opinion que nous nous en faisons. ». Oui, oui, c’est bien joli la théorie, mais comment penser de cette façon quand on est complètement paralysé ? Cela reste un mystère et pourtant, j’ai le sentiment que c’est cette pensée-là qui a agit sur moi comme un déclencheur.

Je me suis dis « Yesss ! (oui, avec trois ‘s’) je vais pouvoir tester sur moi toutes les choses que j’ai apprises en formation. ». J’avais adoré toute la partie sur les protocoles d’anesthésie et de gestion de la douleur.

Je me lance alors un défi (et je jubile intérieurement) : « je vais me faire arracher cette (dissociation) dent de sagesse sans anesthésie chimique, mais avec une anesthésie que j’aurai élaborée moi-même en auto-hypnose ! Yess ! (avec deux ‘s’ ».

Je rentre chez moi et dans la voiture, en même temps que je jubile sur mon projet futur, je sens une douleur monter dans ma machoire. Je prends conscience de la puissance de la suggestion (involontaire) que m’a fait mon dentiste « vous devriez avoir mal, a tout moment vous pouvez-avoir une rage de dent très forte. Je vous donne des antalgiques et si ça ne va pas d’ici notre rendez-vous, appelez-moi, je vous prendrai en urgence ». Gloups ! Plus je repense à ce qu’il m’a dit, plus la douleur monte et plus la douleur monte, plus je repense à ce qu’il ma dit… Oh oh, STOP ! « Ce cerveau a une pensée ! ». J’utilise mentalement et en urgence le protocole que j’ai appris lors d’un séminaire avec Stephen Brooks, l’un des derniers hypnothérapeutes encore vivants formés à l’hypnose directement auprès d’Erickson. Je sollicite donc la partie inconsciente de mon cerveau :

  1. En créant une coupure nette et quasi instantanée (dissociation) dans ce cercle vicieux de ces ‘pensées-émotions-douleur-pensées-émotions-douleur’
  2. En utilisant un ancrage mental avec le mot « hypervigilance » pour assurer ma sécurité routière (je vous rappelle que je suis au volant sur le retour à mon domicile, il fait nuit, en forêt de Fontainebleau, le moment que préfèrent les sangliers pour faire traverser la route à leurs marmailles. La douleur cesse et j’arrive à la maison, SANs GLIssER.

J’ouvre une parenthèse. Il faut que je vous dise quelques mots sur mon dentiste. C’est quelqu’un de très doux et très soucieux du bien-être de ses patients. En outre, je suis très admiratif de ses compétences et de sa dextérité que je trouve exceptionnelles. Si l’on considère l’importance que revêt la relation de confiance dans une relation hypnotique, vous comprendrez mieux ce que j’ai réussi à faire par la suite. Toutefois, avec ses meilleures intentions (bien informer les patients sur leur pathologie et les moyens de traitement) et bien malgré lui, il m’avait envoyé une salve de suggestions potentiellement négatives : « regarder comme cette racine est crochue, elle va être très difficile à enlever », « regarder l’abcès ici, vous devriez avoir très mal », etc. Au fil de nos rendez-vous, je ne pourrai m’empêcher de lui faire remarquer ces « écarts de langage » et de lui proposer des formules tout aussi informatives mais plus aptes à mobiliser les ressources internes de ses patients de manière constructive. Et il me dira lors d’une nouvelle rencontre, « vous savez je vous ai écouté, maintenant je fais très attention à ce que je dis à mes patients. » Je ferme la parenthèse.

Bon, Je dois vous avouer une chose. C’est bien beau de faire le malin et de se lancer un défi dans le feu de l’émotion, mais je ne suis pas Erickson (ni sa réincarnation, je suis né en 1971…) et puis, pourquoi en ai-je parlé à tout le monde ? ma famille, mes collègues de travail, mes clients, mes collègues hypno… Bon, maintenant, il s’agit de ne pas se dégonfler ! (reformulation : il s’agit d’être courageux… jusqu’au bout !).

 

La préparation

Même si j’avais terminé ma formation de maître-praticien en hypnose ericksonienne depuis 6 mois et que je pratiquais l’auto-hypnose depuis près de 2 ans, j’éprouvais le besoin de recourir à un hypnothérapeute confirmé pour m’aider à relever ce défi. Il me restait environ 5 semaines avant le jour J, durant lesquelles j’ai fait 3 séances ciblées sur cet objectif. Je ne vous dirai pas (prétérition) que c’est Pierre-Alain Pérez, hypnologue, coach et formateur à l’ARCHE que j’ai choisi pour m’accompagner dans cette aventure. Non, je ne vous le dirais pas, car si je vous le disais, ce serait une prétérition (une façon de dire quelque chose tout en disant qu’on ne le dit pas, alors qu’en fait, on le dit). Je n’irai pas non plus jusqu’à dire que j’ai horreur des prétéritions, car ce serait faux.

Bref ! J’ai suivi 3 séances d’hypnose. Comment vous dire… le résultat de ces séances a été pour le moins, surprenant. Au terme de ces 3 séances, mon inconscient m’avait fait moulte démontsrations de sa capacité à développer des anesthésies puissantes, mais pas à l’endroit où mon esprit conscient le souhaitait, ni quand il le souhaitait. J’avais une fesse, un pied, une main, complètement insensibles pendant quelques minutes, puis l’anesthésie se déplaçait à nouveau. En gros, je n’arrivais à diriger ni l’endroit, ni la durée de mes anesthésies… mon incsonscient est taquin ! Et je repartis avec cette question enigmatique prononcée par mon thérapeute : « pendant combien de temps encore, vas-tu mettre ton inconscient au défi ? ».

J’appréciais tout particulièrement citer deux des leitmotifs d’Erickson : « faites confiance à votre inconscient » et « votre inconscient sait beaucoup plus de choses que vous savez que vous savez ». Bon. OK. Mais… entre citer le maître incontesté de l’hypnose et, s’asseoir complètement serein et confiant dans le siège d’un chirurgien-dentiste bien intentionné… il y a un gap à franchir, certains parleraient même de, saut quantique !

Cette étape je l’ai franchie en me plantant, une première fois. Au passage, je vous fais part d’une petite phrase que je me suis construite à l’issue d’une mise en pratique durant ma formation en hypnose. En effet, j’appréhendais beaucoup les feed-back de mes congénères, que je trouvais parfois complètement injustes ou simplement maladroits, mais qui n’étaient rien en comparaison des jugements internes dont je pouvais m’affliger. A l’issue d’une transe particulièrement agréable et féconde, avait germée cette phrase, comme une prise de conscience… « mais en fait, quand je me plante ! ça pousse !!! ». J’avais éprouvé à ce moment là une telle joie que j’en étais arrivé à aimer me planter chaque nouveau jour de la formation et même parfois, de me planter plusieurs fois par jour (pour les journées de grandes semailles). Je m’égare !

Eh oui ! J’avais oublié une chose essentielle pour le jour J. Je m’étais bien préparé, quoique une grande dose d’incertitude consciente persistait et j’étais ultra motivé. Mais…

Le jour J1 : un presque échec ou une demi-réussite ?

J’avais oublié une chose essentielle ! Préparer mon dentiste, qui pour sa part, n’est pas formé à l’hypnose. Donc, j’entre dans le cabinet, moitié fébrile, moitié en transe et moitié je ne sais pas (oui, ça fait trois moitiés, vous m’en voyez confus). Ma femme est présente, caméra à la main, prête à filmer son « barjo » de mari. Et là survient le drame.

– Comment allez-vous Mr Chapot ?

– ça y est docteur, je suis prêt ! J’ai fait de l’auto-hypnose, vous pouvez y aller, j’ai fait moi-même mon anesthésie.

– ???! (langage non-verbal d’incrédulité et d’étonnement).

Il ne semble pas comprendre ce que je viens de lui dire. Effectivement, lors de la première séance je lui avais parlé de l’hypnose et que j’allais me préparer à cette intervention. Toutefois, il ne pensais pas que j’étais sérieux, ni même que c’était possible. Pendant que je m’asseois dans le fautueil, que ma femme commence à filmer, il met le coup de grâce à ma confiance en mon inconscient déjà vacillante.

– Sans anesthésie !? Une dent de sagesse ?! mais vous n’y pensez même pas, ce serait comme si je vous arrachais le cœur ! Vous ne vous rendez ma compte. Moi je ne vous opère pas sans anesthésie.

A ce moment là, je ne sais pas si vous avez vu le film « Amélie Poulin », au moment ou dans le bar elle se liéquifie au sens propre du terme… je suis à ce moment complètement associé à ce genre de métaphore. Ma superbe en prend un sérieux coup et en moins d’une seconde, je serais prêt à vendre mon inconscient pour être téléporté d’ici, sur le champ… ou partout ailleurs.

J’ose malgré tout un timide : « … euh… bon alors d’accord, mais alors vous n’en mettez pas beaucoup (sous entendu, de l’anesthésiant)… einh ??!… ». Intérieurement, c’est la panique, la défaite et finalement… le soulagement : ouf ! pas besoin de faire confiance à mon inconscient. La chimie, c’est bien la chimie… ça a fait ses preuves ! Je retourne ma veste hypnotique tellement vite que je n’ai même pas le temps d’en éprouver de la honte. L’honneur est sauf, surtout devant ma femme. C’est mon dentiste qui a refusé. Ce n’est pas moi qui me suis dégonflé !

Quel est le résultat de cette première tentative ?

Je me suis bien planté ! Mais finalement est-ce un véritable échec, un fiasco comme m’invite à le penser un dialogue intérieur particulièrement critique : « mais pour qui tu t’es pris, pour le fils spirituel d’Erickson ?! » ; « je vais avoir l’air malin maintenant que j’en ai parlé à tout le monde… tu ne pourrais pas faire d’abord les choses avant de t’en vanter ! ».

Et c’est là, que le saut quantique s’est fait : peut-être pour la première fois de mon existence, j’ai reconsidéré cette expérience d’un autre œil. Un changement de point de vue complet. D’un fiasco, je suis passé au sentiment d’un demi-échec et quand on divise un échec en deux, on obtient de manière arithmétique, une demi-réussite.

Car les informations que m’avait donné mon dentiste avant l’opération était les suivantes : l’opération va durer environ ¾ d’heure car la racine est très crochue et va être difficile à enlever, vous prendrez bien vos antibiotiques 3 jours avant et 4 jours après pour éliminer l’infection, je vous ai prescrit des antidouleurs à la codéine car lorsque l’anesthésie va se dissoudre vous risquez d’avoir très mal, le lendemain de l’opération il est possible que votre joue soit très enflée, c’est une réaction normale.

 

Durant ma préparation, complètement ouvert aux possibilités paraissant illimitées de mon inconscient j’avais visualisé pendant plusieurs jours que mon système immunitaire combattait l’infection et la vainquait, que ma gencive et l’os de ma mâchoire se ramollissaient pour que la dent soit facile à extraire, etc. Bien entendu, j’ai respecté la prise d’antibiotiques car je suis intimement convaincu que médecine moderne et hypnose sont complémentaires.

Que s’est-il passé objectivement ? L’extraction a duré à peine 10 minutes, je n’ai absolument pas ressenti la piqûre anesthésiante profonde (ce qui a surpris mon dentiste), la dose d’anesthésiant injectée a été 3 fois moins importante que la dose habituelle pour ce genre d’opération, il y a eu peu de saignements, je n’ai pris aucun antalgique le soir-même, ni lendemain et encore moins le surlendemain, et j’ai dormi environ 12 heures d’affilées d’un sommeil profond et tellement réparateur que le lendemain je me sentais en pleine forme et très content de moi, finalement.

De manière plus subjective, et carrément paradoxale, c’est comme si j’avais pris un plaisir immense à cette opération, le praticien m’opérait, pendant que moi, je nageais avec des Dauphins à Zanzibar. Il était loin le temps où, je frissonnais à l’idée de m’asseoir dans le fautueil du dentiste, et de ce point de vue là, le succès était total.

Il paraît que l’un des secrets d’Erickson, c’est qu’il avait toujours un objectif en vue. Si bien, qu’à la fin de l’opération je dis à mon dentiste : « merci pour cette opération qui s’est super bien passée, je suis admiratif de votre dextérité, donc la prochaine fois que vous m’arracherez une dent, on le fera sous hypnose. C’est d’accord ? (je ne lui laissai même pas le temps de me répondre). Mon nouvel objectif en ligne de mire, plusieurs mois passent durant lesquels mon dentiste me fît quelques soins non douloureux. La relation de confiance se renforça, je parle bien évidemment de la relation de confiance entre mon esprit conscient, et mon esprit inconscient, puisque j’avais déjà une confiance totale en mon praticien.

Le jour J2 : 75 % gagné ou 25% perdu ?

Cent fois sur le métier, remets toi à l’ouvrage. Ce vieil adage sied parfaitement à la pratique de l’hypnose et de l’auto-hypnose. Mais comment faire ? J’utilise plusieurs techniques d’auto-hypnose, spirale sensorielle en fixant un point, induction de Dave Elman, etc. A chaque fois, l’anesthésie m’échappe. Elle commence à se développer, ma gencive devient chaude, je sens comme un petit courant électrique qui la traverse, mais rapidement elle disparaît. On dirait qu’à chaque fois que je me dis « ça y est ça marche ». Il y a un « mais… » qui surgit. « Mais… est-ce que ça va suffir ? », « mais… est-ce que ça va tenir ? », etc. Autrement dit, à chaque fois que je commence à douter de moi, enfin, surtout de mon inconscient, ce dernier en prend ombrage et « pfffuit » l’anesthésie disparaît.

Tout cela me laisse songeur pour ne pas dire perplexe alors que l’échéance approche. J’avais travaillé lors d’une formation un ancrage de transe en joignant simplement le pouce et l’index de la main droite. Je variais ainsi l’intensité de la l’entrée en hypnose soit en imaginant qu’entre mes doigts il y avait un curseur que je montait ou descendait en fonction de l’effet désiré. J’ai alors réutilisé ce travail et l’ai approfondi.

Quotidiennement, je passe environ 2 heures et demi dans les transports en commun… ça offre pas mal de temps pour pratiquer, le tout est de rester discret ! Une lévitation de main dans le métro aux heures de pointe, ça fait désordre !

Le résultat de cette nouvelle préparation en solo a été le suivant : un ancrage d’entrée en transe bien établi avec variateur d’intensité intégré en fonction de la pression exercée par mes doigts, une sensation d’anesthésie très modérée (rien à voir avec la sensation procurée par l’anesthésiant chimique), une confiance en mon inconscient modérée aussi (j’ai un peu honte de l’avouer après coup) malgré un signaling très puissant : après quelques autosuggestions d’anesthésie, ma tête se penchait en arrière, en même temps, ma bouche s’entrouvrait de plus en plus jusqu’à ouverture complète – à se démonter les mandibules. « Etonnant non !? », aurait dit Desproges.

Mais il y avait un autre aspect à travailler. Je ne pouvais pas matériellement préparer mon dentiste. Il est très occupé (et c’est un euphémisme). Je me suis donc contenté de lui glisser ça et là quelques suggestions sur la faisabilité de la choses (comme par exemple l’histoire d’un hypnothérapeute anglais septuagénaire ans qui s’était fait opérer récemment de la main (intervention de plus de 2 heures) sous auto-hypnose. Je lui affirmais aussi à maintes reprises la fermeté de ma volonté à tenter réellement l’expérience. Quelques jours avant la date de mon opération, il tentera de convaincre ma femme de me raisonner. En vain.

L’autre aspect de ma préparation portait sur la confiance en moi. Mon dentiste, en raison de sa crainte que les choses tournent mal (évanouissement, génration d’une phobie, etc), ferait tout pour me dissuader dès de mon arrivée dans le cabinet. Je le savais. Si je voulais qu’il accepte l’expérience, je devais être rempli de confiance en moi. J’irai même jusqu’à dire que je devais déborder de confiance en moi, il faudrait que cette confiance se voit de l’extérieur et soit contagieuse. Comment faire ? Je n’avais pas le choix, je devais faire confiance à mon inconscient car il ne me donnerait pas d’autre garantie que celles qu’il m’avait déjà donné. Mais comment avoir confiance en moi ? J’attendais tellement de cette expérience pour avoir « enfin » confiance en moi et en ma capacité à hypnotiser les autres, à faire baisser leur troubles alors que je l’avais fait des centaines de fois déjà et que je savais pertinemment que si cela fonctionnait, c’était surtout parce que ces personnes le voulaient vraiment, que c’étaient elles qui faisaient tout le travail ?! Alors qu’est-ce que tu attends ?!!!

Et là, nouveau changement de perspective ! Finalement, qu’ai-je à perdre ? Si ça marche ce sera super, je serai très content et j’aurai une confiance inébranlable en mon inconscient. Et si ça ne marche pas ? Eh bien, j’aurai eu le courage de tenter l’expérience, et j’aurai appris des choses sur moi et sur l’auto-hypnose et je pourrai me préparer différemment pour la prochaine fois sur un autre soin dentaire, peut-être moins invasif… D’un seul coup, les enjeux diminuèrent et je me senti beaucoup mieux dans ma peau, je senti à nouveau un grand enthousiasme à l’idée d’être au jour J2, sauf que cette fois, mon enthousiasme n’était pas fébrile, il était profond et serein.

Après une journée de travail je commence au fil des kilomètres que parcours le train qui me ramène chez moi à entrer dans une transe intermittente. Au fur et à mesure que je me rapproche du cabinet dentaire je suis de plus en plus concentré vers mon objectif. Dans la salle d’attente, je pars dans une mini transe qui s’approfondie et dont je me demande bien après coup, si elle n’était pas somnambulique tellement je me sens normal et tellement je me demande encore à ce moment-là « mais quand est-ce que je vais enfin sentir cette anesthésie ?! ». Un petit moment de panique m’envahit, je stimule discrètement quelques points d’EFT et la pression retombe aussi sec.

Mon dentiste arrive, fait comme si de rien n’était (je me suis préparé à cela !) et je lui dit : ça y est ! mon anesthésie est prête (en lui montrant le côté droit de ma mâchoire)… et là il sourit et je sens chez lui une sorte de soulagement, dommage c’est à gauche que je dois vous opérer…

  • mais non ?! (je traverse un moment de confusion)
  • si si…
  • euh… non, vraiment je ne pense pas. non…
  • ah oui, vous avez raison, mon assistante avait mis le scan à l’envers (à nouveau il se crispe !).

Après coup je me suis rendu compte de ce que j’ai pu infliger comme stress à mon praticien, et je m’en suis un peu voulu. Mais à ce moment là, ma motivation à tenter l’expérience était tellement forte, que je ne me suis encombré d’aucune espèce de sentiment d’empathie. Je voulais tenter l’expérience, quel que soit le résultat. Avec le recul, je lui suis infiniment reconnaissant du courage qu’il a eu et de la confiance qu’il m’a accordé.

J’obserce mon praticien qui fait tout pour masquer son appréhension à me torturer les gencives. Je tente de le rassurer par des propos sincères « Vous savez, je n’ai aucune envie de souffrir, donc si je ressens la moindre douleur je vous fais signe et vous me faites une anesthésie chimique. De toute façon, mon expérience ne doit rien changer à votre pratique, vous devez pouvoir travailler comme avec une anesthésie chimique, pendant ce temps là moi je vais nager avec les dauphins à Zanzibar (dissociation visuelle). Maintenant il me faut 2 à 3 minutes et quand ma bouche sera complètement ouverte (mon signaling inconscient), vous pouvez y aller.»

Ensuite, cela va très vite : je sollicite mon ancrage kinesthésique (pouce index de la main droite se rejoignent), je fixe un point de mon regard, je m’installe bien confortablement dans le fauteuil et là, miracle, je sens ma bouche qui s’entrouve « toute seule », progressivement mais de manière déterminée, de plus en plus jusqu’à m’en décrocher les machoires ! Je ferme les yeux. De ma main gauche, je lève le pouce pour signifier à mon dentiste « tout est OK, vous pouvez y aller »).

Le dentiste commence doucement à insiser. Je sens le contact, mais aucune douleur. Je n’arrive pas à aller nager avec les dauphins à Zanzibar tellement je suis intéressé par ce qui est en train de se passer dans ma bouche (quand j’étais jeune, je rêvais de devenir chirurgien). J’admire la précision et la délicatesse de ces geste. Je le sens se relacher, il est étonné. Il me demande si tout va bien toute les 10 secondes, je lève le pouce à chaque fois… intérieurement je jubile… c’est trop bien… comme dirait ma belle-fille lorsqu’elle parle d’un cours de danse qui la passionne. Je suis spectacteur de mon opération, comme si j’étais dans l’aquarium d’un épisode de Grey’s anatomy avec possibilité de faire des gros plans et mieux encore, de ressentir ce qui se passe, mais une sensation neutre. Le dentiste, insise, enlève la couronne sans difficulté, enlève une première partie de la racine sans grande difficulté. Je suis toujours en mode « like », le pouce levé.

Quand soudain, alors qu’il tente d’arracher la seconde racine qui résiste, une douleur fulgurante et aïgue me traverse la dent (enfin ce qu’il en reste). En une fraction de seconde, le doute s’installe en moi… mais qu’est-ce que je fais si je perds le contrôle. J’évalue l’intensité de cette douleur, sur une échelle de 0 à 10 – 10 étant le maximum de douleur – à 6 sur 10. Ce n’est pas énorme, mais quand on passe de 0 à 6 en une fraction de seconde, ça paraît beaucoup). Je commence à lever mon bras ce qui pourrait siginifier « pas like »… je le laisse faire une deuxième tentative et la douleur monte de deux crans (8/10).

Là, je l’avoue, je perds confiance en mon inconscient, grave erreur.

Après couup et une analyse à froid, j’ai compris ce que j’aurai dû faire à ce moment-là. En fait j’étais un peu sorti de transe et je m’étais réassocié à mon corps. Il aurait simplement suffit que je demande une pause à mon dentiste, que je ratifie mon reveil quelques secondes pour relonger dans une transe plus profonde (fractionnement). Je vous avoue que dans l’instant, je n’ai pas eu ce réflexe et j’ai joué petit bras. J’ai émis un léger grognement et fait signe à mon dentiste qu’il pouvait mettre un peu d’anesthésiant chimique « maii…aaaa…eaucoup », tentai-je d’articuler la bouche entrouverte.

  • (lui rassuré de revenir en terrain connu), oui oui, je vous mets une mini dose.

Une fois l’anesthésiant chimique en place, mon praticien pu reprendre l’extraction de la racine récalcitrante, le nettoyage de l’abcès et les sutures. Ces dernières manipulations passèrent rapidement de douleurs très vives (8/10) à douleurs très faibles (2/10).

En revanche, même si la dose d’anesthésiant chimique injectée était faible (« je vous ai mis ce que je mets à un enfant pour enlever une dent de lait »), mon ressenti était très fort. J’avais l’impression que ma joue, mes lèvres, ma gencive avaient doublé de volume et je n’avais plus aucune sensation à ces endroits. J’ai horreur de cette sensation d’anesthésie chimique. En comparaison l’anesthésie installée en auto-hypnose était beaucoup plus agréable pour moi car je ne sentais pas que je ne sentais rien. C’est assez difficile à expliquer. C’était très confortable d’un certain côté car je n’avais pas les sensations désagréables pour moi, de l’anesthésie chimique. Ma gencive, ma lèvre me paraissaient tout à fait normales. En revanche, ce n’était pas forcément très rassurant car comment savoir que cette partie était effectivement anesthésiée si je n’avais aucun indice qu’elles l’étaient ?! Pour le savoir, je devais attendre le premier coup de scalpel, donc faire confiance à mon inconscient et surtout à mon dentiste.

Nous avons certainement été aussi surpris l’un que l’autre quand dans les premiers moments de l’intervention tout s’est bien passé. Mais alors faire confiance à son inconscient c’est être inconscient !? Je n’ai pas de réponse à cette question. Ma motivation et ma volonté de réussir étaient bien conscientes. J’avais surtout un sentiment profond que je ne risquais rien : confiance totale en mon praticien et possibilité d’anesthésie chimique si ça ne marchait pas.

C’est plutôt l’après que je n’avais pas suffisamment préparé et que j’ai du gérer.

Tout d’abord, alors que je me penchais vers le gobelet pour me rincer la bouche (réflexe que doivent avoir 99% des patients) mon chirurgien dentiste me dit « il ne faut pas vous rincer la bouche sinon cela risque de saigner beaucoup. » Je mets ces derniers mots en gras car dans l’état de transe (somnambulique ?) où je navigais encore, j’ai focalisé mon attention sur ces deux derniers mots. Une fois chez moi, je me mis à « saigner beaucoup »… trop à mon goût…

Un bref sentiment de panique s’empara de moi. « Mais qu’est-ce que tu as fait ? Mais quelle idée tu as eu là ?! », etc. Mon mental s’est mis à tourner à plein régime et pas forcément dans le bon sens. En outre, j’étais seul chez moi. Je décidai de retourner en transe (mais en étais-je sorti ?) par différents moyens que je maîtrisais sans énormément de résultats. Les saignements cèssèrent mais la douleur augmenta. Ce fut alors un combat intérieur avec mon inconscient qui décidémment n’écoutait plus ce que je lui disais (lui intimait serait plus juste). J’étais entré dans un spirale anxiogène et rien ne marchait, protocole d’hypnose, EFT, etc. La douleur monta jusqu’à un niveau de 8/10, c’était non seulement ma mâchoire mais toute ma tête qui était comme prise dans un étau puissant. J’étais à deux doigts de rendre les armes et de céder à la tentation du Dafalgan 2 fois 500mg.

Et c’est justement ce qu’il fallait faire : rendre les armes. Arrêter de me battre contre cette douleur, accepter sa présence, l’observer sans porter de jugement et lâcher prise. Je fis alors une dernière tentative avant de recourir à un antalgique chimique. Je revenais à la source de ma pratique : yoga et méditation. Je m’assis en tailleur et me concentrais intérieurement sur ma douleur. Plutôt que de chercher à la faire disparaître, je pris mon courage à deux mains et lui dit « oui », tout simplement. En l’analysant dans ces moindres détails, en pénétrant au cœur de cette douleur qui était proche de me donner la nausée. Au bout de 20 minutes de cette observation attentive, la douleur s’atténua d’elle même. Je ressentis une grande fatigue et l’envie de dormir (enfin !). Il était 2h24 du matin.

Donc, la gestion de la douleur post-opératoire a été beaucoup plus difficile cette fois-ci que lors de la première opération sur ma dent de sagesse. J’en ai analysé les raisons. Tout d’abord, ma famille était aux sports d’hiver, j’étais seul à la maison ce qui a augmenté mon anxiété à un moment – lorsque la plaie s’est mise à saigner – où je me suis dit « et s’il se passe quelque chose de grave !? ». Mais j’ai rapidement fait baisser l’anxiété et les saignements en retournant en transe. Pour cela, j’ai utilisé le même ancrage que lors de l’opération (pouce et index joints). Avec un résultats rapide.

Cependant, l’expérience est de ce point de vue très enrichissante, même si j’arrivais à faire baisser la douleur, celle-ci revenait au bout de quelques minutes et s’intensifiait peu à peu. Je me sentais de plus en plus fatigué, et en même temps, je n’arrivais pas à m’endormir. Ceci m’amène au constat suivant : les ressources de notre inconscient sont beaucoup plus puissantes que nous ne pouvons l’imaginer. Néanmoins, elle ne sont pas illimitées. J’ai compris mon erreur. Le jour de mon opération je m’étais levé à 6h30, j’avais travaillé toute la journée et fais 2h30 de transports en commun. Et je devais me lever à nouveau à 6h30 le lendemain pour finir ma semaine de travail. Ajouter à cela une extraction dentaire, j’étais tout simplement exténué. Normal dans ces conditions que mon inconscient ne réponde plus à mes appels de plus en plus désespérés. Je pris une décision pour la prochaine fois : une journée de repos avant l’opération et au moins trois journées après.

Le lendemain, après quelques heures de sommeil profond. Je me sentais très bien. J’étais comme surexcité par ce que j’avais réussi à faire. J’envoyai de nombreux messages à ma famille et à mes proches, pour partager mon enthousiasme. Je revivais l’opération à plusieurs reprises dans mon esprit. J’imaginais ce que j’aurai pu faire, j’accumulais les scénarios, refaisais plusieurs fois la même scène. Bref, j’avais du mal à prendre du recul sur cette expérience qui m’ouvrait des horizons et en même temps me paraissait irréelle.

Le reste de la semaine s’écoula normalement. J’avais parfois quelques douleurs faibles à moyennes (2 à 5/10). Mon ancrage de transe (pouce et index joints) s’était renforcé et transformé en antalgique « surpuissant » : en moins d’une seconde la douleur chutait à 0. Cela me paraissait incroyable. En revanche, plus j’avançais dans la semaine, et plus durée de l’analgésie baissait, m’obligeant à solliciter mon ancrage de plus en plus souvent. Je vous laisse imaginer comme cela peut vous compliquer la vie de taper sur un clavier d’ordinateur en gardant le pouce et l’index joints.

Une semaine, jour pour jour, après l’opération une douleur lancinante s’installa et monta progressivement jusqu’à atteindre un niveau élevé (7/10). Pourquoi une semaine après ? Je n’ai pas compris. J’avais pas mal de choses à faire à mon travail, un peu de stress et pas le temps de me poser. Je l’avoue : j’ai succombé à la tentation des antalgiques chimiques. Et j’ai trouvé que c’était super pratique et efficace. Pendant 3 jours, j’ai pris 4 dafalgan 1G par jour. Et puis le quatrième jour : tout était OK. Je me sentais guéri. Là encore, j’ai compris mon erreur. Je ne m’étais pas accordé le repos nécessaire, ni avant, ni après l’opération : la fatigue et le stress avaient certainement provoqué ces douleurs. C’est en tout cas mon hyothèse pour expliquer ce phénomène. Et la croyance intime que mon inconscient me montrait ainsi certaines limites à ses « super pouvoirs ». Ce fût pour moi un ensignement à prendre en compte pour la prochaine fois…

Le jour J3 : la pose de l’implan. Un nouvel objectif, et cette fois : 100 % de réussite !

A la fin de mon opération, alors que je pestais contre moi-même de n’avoir pas complètement réussi, mon dentiste restait très étonné de ce qui venait de se passer. Il m’assurait que je ne me rendais pas vraiment compte de ce que j’avais fait. « Avec un abcès comme ça, c’était impossible sans anesthésie. C’est déjà magique ce que vous avez fait ! Si vous en êtes d’accord, on posera l’implan sous hypnose. Au niveau douleur, ce n’est rien en comparaison de ce que je vous avez eu aujourd’hui. Par contre, on prendra le temps de se préparer. Il faudra que vous m’expliquiez certaines choses. »

Une part de moi restait incrédule aux propos de mon dentiste : il dit ça pour me rassurer, peut-être que la dose qu’il a mis était plus forte que ce qu’il m’a dit, etc. La bla-bla intérieur habituel. Peu importe ! Ce qui comptait le plus à ce moment-là : j’avais un nouvel objectif et un an, à un an et demi pour me préparer (en fonction de la rapidité avec laquelle l’os de ma machoire se reconstituera).

Inutile de vous dire que cette fois, je compte bien atteindre mon objectif à 100% (zéro anesthésiant chimique, ni aucun antalgique après l’opération). Pour cela, je prendrai une journée de congé avant l’opération et trois journées de repos après. Je me pose déjà un tas de questions : comment ce sera la prochaine fois : plus facile ou moins facile ? et le fait que ce sera filmé va-t-il me troubler ? le contexte d’un vrai bloc opératoire sera-t-il aidant ou destabilisant ? Autrement dit, j’ai encore du pain sur la planche, ou plutôt, du pain sur la transe, si j’osais un jeu de mot… capillo-tracté.

La suite de cette aventure d’ici un ou deux ans !

 

Encadré : témoignage de mon chirurgien-dentiste

Je suis jeune chirurgien dentiste (10 ans d’expérience) mais malgré le fait d’avoir vu énormément de choses atypiques dans mon parcours étudiant, hospitalier et libéral j’ai rarement été aussi surpris par une expérience comme celle-là.

Dans notre profession nous sommes confrontés tous les jours à la gestion des angoisses et de la douleur, je pense beaucoup plus que les chirurgiens « classiques ». En effet, j’entend vingt fois par jour : « je vais avoir mal ?? » et « quand ça sera réveillé j’aurai mal ? », etc. Pour ma part, j’ai choisi ma technique : j’essaie de rassurer au maximum chacun de mes patients en leur expliquant, en schématisant l’intervention, pour que l’angoisse et la peur de l’inconnu se maîtrisent par une compréhension des processus.

J’invite ainsi mon patient a être acteur de son traitement et non pas passif : « j’ouvre grand la bouche, je tremble en imaginant ce qu’il me fait avec ce bruit de machine qui n’arrange rien ».

J avais entendu parler de l’hypnose dans certains articles mais étant cartésien et même « mécanicien de la bouche », j’ai toujours pensé que ça n’était pas prouvé scientifiquement et qu’il fallait prendre des distances avec ces concepts un peu loufoques… Jusqu’au jour où… mon patient Christophe Chapot, un type vraiment sympa, dont je soigne la famille depuis longtemps (et que j ai même vu en situation d’urgence à l’hôpital à 1 heure du matin pour un saignement très conséquent chez sa belle mère sous anticoagulant) déboule dans mon cabinet.

Après lui avoir expliqué qu’il avait une infection endodontique volumineuse et qu’il fallait extraire sa dent, il me répondit « ok mais sans anesthésie ».

Voulant « noyer le poisson », je le pris sur le ton de la plaisanterie car il était simplement inconcevable pour moi (ethiquement et surtout humainement) de procéder a ce type d’acte sans anesthésie.

Je le revis a plusieurs reprises avant l’intervention et je peux vous dire que son opiniâtreté et sa confiance en lui ont réussi à me laisser tenter par l’expérience.

A ce stade je me dis qu’à peine commencé dès qu’il sentirait une douleur quelconque je m’arrêterai et injecterai ma solution anesthésique pour le soulager (et lui faire comprendre que j’avais raison !!).

Jour J : En général le jour d’une extraction les patients me regardent avec un mélange d’appréhension, d’angoisse refoulée (je me sens comme l’homme qui fait mal) mais ce jour là Mr CHAPOT arrive décontracté comme jamais, un grand sourire aux lèvres : « alors j’espère que vous allez me faire une belle extraction !!! ».

A ce moment j’hesitais encore en me demandant si… il comprenait vraiment ce qu’il allait subir.

J’avais pris mes dispositions (dernier patient de la journée, aucun bruit dans le cabinet et pas de dérangement par des allers venues d’assistante) pour être réceptif pleinement à ces émotions et pouvoir prendre le temps de vivre ce moment.

Je lui demandais d’emblée « vous êtes certain de vouloir tenter le diable sans anesthésiant ? », devant sa sérénité je lance l’opération, « vous êtes prêt ? » en lui proposant une dernière chance : « oui c’est bon doc, je suis en train de nager avec des dauphins a Zanzibar ». Il se moque de moi, c’est pas vrai !!!

Je commence avec mon syndesmotome à découper les tissus mous, « ça va « . Il lève le pouce, je suis déjà bluffé. Je sors ma fraise et commence a découper les 2 racines de la molaire, « ça va ». Aucune réponse il est vraiment à Zanzibar !!!! J’avulse une racine (non infectée) pas de réaction, incroyable !! A ce moment là, je pensais réellement être en dehors de la réalité face a son attitude et ses réactions.

J’exerçais alors une pression pour avulser la racine infectée et il me fit un petit signe pour montrer sa douleur.

Comme nous en avions convenu au préalable entre nous, je lui injectai très peu d’anesthesiant, convaincu maintenant qu’il allait gérer facilement sa douleur : un quart de carpule (contre 2 carpules pour ce type d’acte habituellement) puis je finis mon intervention sans aucune réaction de sa part (si : des réactions positives : sourires, pouce levé, etc.).

 

La séance terminée je me posai 5 minutes et fit un debrief des faits : une partie de moi était extrêmement surprise et attirée par cette méthode qui dépassait tout ce que je connaissais de conventionnel, une autre partie me laissait penser que le patient était tellement atypique (force d’autopersuasion au-dessus de la normale) que cette expérience devrait être très difficile à renouveler avec d’autres profils.

Dans tous les cas je peux affirmer une chose : l’hypnose en dentisterie ça marche !!! Je suis complètement prêt à renouveler cette expérience avec ce patient et à participer a des formations afin d’aider d’autres patients dans la gestion du stress.

Next step : l’implant sans anesthésie. Avec ce patient je suis partant et nous avons même convenu de filmer l’intervention !!

 

Dr Raphael UZAN, Post graduate Philadelphia in implant, Diplôme universitaire en réhabilitation chirurgie maxillo-faciale, 77210 AVON

[1] La technique du recadrage découle des travaux des chercheurs de l’école de Palo Alto, travaux qui ont donné naissance aux thérapies brèves. Le recadrage « consiste à attribuer un sens nouveau, positif, a une situation ancienne, vécue négativement » (Dr Dominique Megglé, Erickson hypnose et psychothérapie).

 

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